Présidentielle : Une élection absurde

par Michel Naudy
mercredi 7 mars 2012
par  Michel Naudy

Élection présidentielle

QUAND LES SIGNES FONT SENS

Par Michel Naudy
Président du Cercle Lakanal www.cerclelakanal.fr/

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Rarement en notre pays, l’écart entre le contenu des discours politiques et les attentes des citoyens aura été aussi large. La « forme » même des propositions portées par les responsables des divers partis, leur mise en scène, contribue à dévaluer, au delà de ces personnages, le contenu même de la politique. Une affiche électorale, croisée en un coin de rue il y a quelques semaines m’a frappé. On y voyait le visage inspiré du candidat du Front de Gauche, barré de son seul nom avec, en sous-titre, l’adresse de son site internet. Pas davantage. Que celui qui prétend incarner les idées parmi les plus « radicales » dans le débat actuel, emploie pareille méthode a quelque chose d’affligeant. Que dire alors des autres qui abusent jusqu’à la nausée les mêmes ficelles et mettent en avant leurs compagnes, leurs familles, leurs vêtures ou leurs animaux de compagnie à l’imitation du « modèle » étasunien ?

On doit reconnaître que le mal est ancien, que le Parti Socialiste depuis ses abandons de 1983, le Parti Communiste depuis l’effondrement soviétique, la droite depuis les prestations musicales d’un Giscard d’Estaing, y ont pris une part décisive.

On est là fort loin de l’anecdote, on est dans l’empire des signes qui font sens. Ceux la même qui ont fait, il y a quelques années et pour initier leur carrière, de la revendication d’une VIème République leur fond de commerce, n’échappent pas à la règle commune. Qu’est devenue par exemple cette exigence dans le parcours d’un Montebourg, cumulard notoire, rallié sans principe à la candidature Hollande après avoir mobilisé la gauche du PS au cours des élections primaires à la présidentielle ?

La triste vérité est que l’on ne peut attendre une réforme constitutionnelle de ceux qui sont les uniques bénéficiaires du système actuel. A ce propos on omet trop souvent que les Constitutions de nos cinq républiques successives sont TOUTES nées des soubresauts de l’histoire : révolution de 1789 et de 1848, effondrement du second empire et commune de Paris, deuxième guerre mondiale et guerre coloniale... Il n’y a pas de hasard.
L’établissement d’une véritable Constitution pour une VIème République qui ne serait pas un gadget ne saurait être une revendication parmi d’autres. Un exemple récent nous conduit à cette constatation et m’est venu après la lecture du dernier article (La Constituante et la Présidentielle) qu’Anne-Cécile Robert vient de consacrer à ces problèmes (www.pouruneconstituante.fr) . Après le referendum de 2005 consacré à la Constitution européenne, beaucoup ont pensé pouvoir transformer la large victoire du « non », en base politique pour aboutir à la présentation d’un candidat unique de la gauche antilibérale aux élections présidentielles qui se présentaient deux années plus tard. Je l’avoue, je fus de ces gens. Nous passâmes des nuits entières à élaborer, de compromis en compromis et d’assemblées générales en cénacles, un « programme » commun. On en connaît le résultat : les scores calamiteux de José Bové et de Marie-Georges Buffet. Or, dans le concert de cette mouvance politique, mon groupe de l’époque, le MARS, a tenté de trouver un candidat dont la première et peut-être la seule proposition serait, en cas d’élection, la dissolution de l’Assemblée Nationale, la convocation d’une Constituante et la propre démission de notre candidat de la présidence de la République. On imagine notre succès : nous n’en avons trouvé aucun.

L’établissement d’une Assemblée Constituante et partant le retour à la souveraineté du peuple serait un tel bouleversement qu’ils ne peuvent procéder que du mouvement du peuple lui-même et d’une rupture politique décisive.

Dès lors, notre combat ne peut se mener efficacement, que sur le terrain des idées, celui de la reconquête idéologique, dans une vision gramscienne de la politique.

Sans doute, rétorquera-t-on, faudra-t-il avancer de pair un programme de transformation sociale et économique clivant avec l’idéologie dominant qui, du PS à l’UMP, surplombe tout débat et bloque toute alternative. Mais comment ne pas voir que l’addition sempiternelle de revendications partielles n’a jamais fait programme ? Et pas plus en 1981, après la bataille du programme commun de la gauche, qu’aujourd’hui. Le puissant mouvement sur les retraites l’a bien involontairement démontré.

Une seule proposition est fédératrice peut transcender des clivages devenus inopérants (Mitterrand n’a-t-il revêtu avec grâce les habits taillés par et pour De Gaulle ?), c’est l’exigence d’une Constituante.

Elle seule permet de poser au devant le moyen de remédier au mal qui ronge ce pays : la disqualification du politique.


Commentaires

Logo de Jacques Cotta
jeudi 15 mars 2012 à 12h23 - par  Jacques Cotta

Les différentes contributions sur ce site dégagent l’importance de la constituante, d’autant qu’apparait dans les temps présents le caractère totalement anti démocratique de la 5ème république. La question centrale me semble être la suivante : comment, par quels processus ce sujet majeur peut-il devenir celui de millions de nos concitoyens qui imposeront dans leur propre mouvement la réalisation de cette aspiration, une constituante souveraine ? Comment sortir d’un débat parfois isolé, souvent de spécialistes ? En fait, n’est-ce pas la situation concrète de la Nation et la situation vécue par des millions et des millions de français qui peuvent en faire un objectif immédiatement accessible, saisissable par le plus grand nombre. La constituante doit réhabiliter la démocratie, la souveraineté, la république sociale. Dés lors ne faut-il pas partir des mesures d’urgence qui devraient y être débattues pour que du pays s’exprime l’aspiration générale : vive la constituante ! Pour que les forces politiques qui blablatent de l’air du temps ne puissent plus éviter le sujet et continuer pour leurs petites affaires de s’acclimater de la constitution bonapartiste de la 5ème république ? Pour qu’à la crise économique doublée d’une profonde crise de représentation politique soit opposée une résistance offensive et majoritaire ?

Alors, la constituante pour quoi faire : pour remettre à l’ordre du jour la souveraineté nationale bafouée en 2005 par exemple et depuis, pour engager une refonte totale des institutions antidémocratiques de la cinquième République, pour rompre avec une conception fédéraliste de l’Europe et rétablir une Europe fraternelle bâtie sur l’existence des Nations souveraines...
La constituante ? Pour renouer avec l’exigence d’une république sociale et décider les premières mesures qui devraient être prises, pour le rétablissement d’un pôle bancaire nationalisé fort permettant de se réapproprier une politique industrielle, la nationalisation des entreprises qui ont un caractère de monopole ou occupent une position stratégique pour la nation, pour décider le rétablissement et le renforcement des services publics, l’abrogation des lois qui restreignent les retraites, attaquent la sécurité sociale et remettent en cause le principe "a chacun selon ses besoins" pour y substituer la règle chère au capital, "à chacun en fonction de ses moyens".
La constituante ? Pour abroger les lois qui s’en prennent à la laïcité, aux libertés ou à l’école, pour décider la rupture avec la dictature de l’euro qui pourrait être ramené au rang de monnaie commune et le rétablissement des monnaies nationales qui pourraient ajuster leur parité, pour en finir avec les disciplines budgétaires dont la logique est exprimée par le mécanisme européen de stabilité voté à l’assemblée nationale et au sénat grâce à l’abstention des élus socialistes et par le prochain traité Merkel Sarkozy dont l’objectif est de légitimer le pouvoir de la troïka -le FMI, la BCE et la commission européenne- qui montre l’étendue de ses exigences en Grèce en ramenant la société des décennies en arrière…
La constituante ? Pour réaffirmer la place de la France dans le monde, la sortie de l’OTAN, et le droit inaliénable de décider de nos propres affaires en refusant tous les diktats, sur le plan des relations internationales comme sur le plan social, en décidant par exemple, pour défendre nos productions et regagner les moyens nécessaires à notre indépendance industrielle, d’instaurer des barrières douanières intelligentes…

Bref, pour parvenir à ce que le plus grand nombre saisisse "la constituante", pour permettre que cette affaire soit largement partagée, ne faut-il pas partir des préoccupations générales et aborder les points qui devraient cerner le contenu de la république sociale…. Affronter à la fois les causes de la crise économique et sociale actuelle tout en combattant la profonde crise de représentation politique qui voit -mis à part les marges- fort peu de réflexion, d’expression publique, et pour le moment d’action, sur ces questions…

mercredi 14 mars 2012 à 20h17

Sponville ;
Je distingue la primauté, c’est-à-dire ce qui vaut le plus, subjectivement, pour l’individu, et le primat, c’est-à-dire ce qui est important, objectivement, pour le groupe. Ce qui vaut le plus pour les individus n’est jamais ce qui est le plus important pour les groupes.

Primauté de la Constituante, primat d’une Révolution ou l’inverse ? ou comment peut on initier la mise en route d’un nouveau processus constituant sans avoir "détruit" ce qui sous tend la constitution actuelle ?

Pour ma part je suis assez d’accord pour penser que cela ne sera fera pas une dynamique évolutive pleine d’empathie et de compassion pour cette pourtant brillante idée...

Donc une grande lessive préalable est surement nécessaire...

Citoyens à vos baquets !

mardi 13 mars 2012 à 07h43

Une affiche avec pour texte ’place au peuple " et avec pour image la seule tête de candidat, voila qui est pour le moins un peu contradictoire. Enfin...

Logo de anokee
mardi 13 mars 2012 à 01h03 - par  anokee

Sur les affiches de Mélenchon, il est toujours écrit : Front de gauche, ’Prenez le pouvoir’ et ’place au peuple’ qui est le texte de l’url du site du même nom.

Il est donc faux d’écrire qu’il n’y a que sa photo et l’url de son site.

Site web : Rectificatif
samedi 10 mars 2012 à 11h25

1) Nous avons toujours dit et écrit que Constituante et 6e République ne sont pas équivalentes. L’une définit par avance les institutions (en les faisant éventuellement valider), l’autre est un processus de recréation de la citoyenneté et de réappropriation de la vie publique.
2) Penser que la présidentielle va régler les problèmes concrets des gens est une rigolade. L’Histoire récente prouve même que la Présidentielle est un instrument contre le mouvement social. Il n’en est évidemment pas de même pour toute forma démocratique.
3) L’Association ne refuse pas de discuter avec qui que ce soit ; en revanche, elle ne veut pas participer à un jeu électoral illusoire et justificateur du système.

A.B.

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samedi 10 mars 2012 à 09h52 - par  Jean-Pierre Alliot

Au départ, un constat lucide : le pays va mal et c’est le mouvement populaire qui détient la clé du changement radical des institutions dont il a besoin.

Une étrange conclusion : la perspective d’un débat idéologique au sein de ce qui risque de devenir un conclave.

Or le temps presse : la situation faite au peuple grec nous montre que l’heure n’est pas aux seules discussions théoriques.

D’ailleurs, comment imaginer que le peuple se mettrait en mouvement pour imposer une Assemblée constituante souveraine si ses propres aspirations immédiates n’étaient pas prises en compte ? Si elles n’étaient pas le moteur de l’action et si elles étaient refoulées vers des temps meilleurs, sous prétexte que les nouvelles institutions à établir ne sont pas encore définies dans leur pureté idéale ?
Des responsables politiques, des militants, des citoyens ont pris formellement position pour une constituante ou, ce qui va dans le même sens, pour une Sixième République. Faut-il, avant de parler avec eux, exiger qu’ils abjurent et dénoncent leurs erreurs passées ? Faut-il interdire l’usage du mot « Constituante » à qui n’est pas membre de notre Association ?

Logo de Saga des Gémeaux
jeudi 8 mars 2012 à 13h29 - par  Saga des Gémeaux

Il est tout à fait vrai que "l’election présidentielle" est une mascarade qui dépossède le peuple français de sa souveraineté. La refonte des institutions par le biais d’une Constituante devient nécessaire. Néanmoins, et connaissant bien l’histoire de nos constituantes successives, il y a une chose sur laquelle je suis intransigeant et c’est ce qui me tient le plus à cœur, c’est le maintien de la justice constitutionnelle afin que la Constitution soit la norme juridique contraignante à l’égard des pouvoirs publics. Il n’est pas question pour moi de revenir à la situation antérieure à 1958, lorsque la Constitution ne servait à rien. Si malheureusement en dépit des leçons de l’histoire, la justice constitutionnelle devait être abolie, je serai le premier à quitter la France pour aller sur d’autres cieux où la Constitution est la norme juridique suprême. J’espère de tout cœur que la future Constituante maintiendra cet acquis qui permet à ce que nos droits et libertés constitutionnelles soient garanties par un juge constitutionnel indépendant.

Saga des Gémeaux

À signer ! Présidentielle NON - Constituante OUI

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Remplaçons en 2017 l’élection présidentielle par l’élection d’une assemblée constituante !


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Estimez-vous que les élus sont aujourd’hui réellement représentatifs des citoyens ?

Trouvez-vous admissible qu’une seule personne, le Président de la République, exerce en fait tous les pouvoirs sans être concrètement responsable de ses actes devant le peuple ?

Trouvez-vous que les institutions permettent le respect de la souveraineté populaire ?

Si vous trouvez notre vie publique fossilisée,
- si vous voulez des élections générales,
- si vous pensez que la souveraineté du peuple est bafouée,
- si vous pensez que vous n’êtes pas représentés,
- si vous pensez que la loi "territoires" du gouvernement Fillon-Sarkozy détruit la démocratie locale
- si vous ressentez le traité de Lisbonne comme une insulte et un coup d’État contre le vote NON au Traité constitutionnel européen du 29 mai 2005

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