Islande : « Non, Merci ! » à l’Union européenne

vendredi 13 mars 2015
par  André Bellon

Islande : « Non, Merci ! » à l’Union européenne

On pourra épiloguer longuement sur la décision de l’Islande de retirer sa demande d’adhésion à l’Union européenne. On expliquera bien sûr que les quotas de pêche en étaient le motif principal tout en évitant de se demander pourquoi cette question était hier sans importance. Les affiches « Non merci » partout apparentes sur le sol islandais prouvent la profondeur de ce choix.

On oubliera surtout que cette décision intervient après des années de profonde crise économique et politique marquée par deux référendums, des élections assez conflictuelles et surtout l’élection d’une Assemblée Constituante.

Il convient donc de rappeler que les islandais ont refusé de payer les dettes de banques privées. Le gouvernement britannique et le gouvernement néerlandais, soutenus par l’Union européenne, voulaient que le contribuable islandais rembourse les dettes de cette banque privée, au lieu de laisser le syndic de liquidation être responsable de ces dettes.

Le Président islandais Ólafur Ragnar Grímsson a décidé alors de faire appel à un référendum. Comme il le déclare lui-même (Voir http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article665 ), « une armée d’experts et d’autorités financières me disaient : si vous autorisez les gens à s’exprimer, vous isolerez financièrement l’Islande pour des décennies. Le scénario catastrophe serait sans fin... J’étais devant un choix fondamental entre les intérêts financiers d’un côté, et la volonté démocratique du peuple de l’autre. »

La décision des islandais de refuser de payer ces dettes privées a conduit au processus constituant. Certes, les adversaires de cette option diront qu’elle s’est brisée contre la volonté d’un Parlement farouchement favorable à l’adhésion à l’Union. En fait, même si la Constituante n’a pas eu ses effets de façon immédiate, les pensées ont entretemps évolué grâce à ce processus démocratique. C’est ainsi que le Président islandais a été réélu contre tous les pronostics. La décision prise de retirer la candidature de l’Islande à l’Union européenne découle de ce processus. Il convient d’en tirer aujourd’hui la signification.

L’Association pour une Constituante a suivi le processus islandais depuis l’origine. Déjà, en novembre 2010, alors que personne n’évoquait cette question, nous avions publié un article intitulé « 1000 articles pour un volcan, aucun pour une assemblée constituante » (http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article349 ). Nous avions ensuite organisé le 22 janvier 2013 une réunion publique avec Madame l’ambassadeur d’Islande à l’école normale supérieure (http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article647 ). André Bellon, Président de l’Association, a, par ailleurs, rencontré le Président islandais le 25 février 2013 (http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article665 ).

Quelles conséquences tirer de ces évènements ? Sans tomber dans la facilité critique vis-à-vis de l’Union européenne et la politique à adopter à son égard, remarquons que le discours sur l’isolement dramatique qui guette les pays qui ne veulent pas subir les diktats de Bruxelles est absurde. La décision islandaise en est la preuve évidente. Par ailleurs, la déclaration du Président Ólafur Ragnar Grímsson : «  Le plus important, et je le dis à mes amis européens, ce ne sont pas les marchés financiers  » permet de sortir des discours bien-pensants des experts économiques qui nous conduisent depuis des années à la catastrophe.

Cet évènement est considérable par sa valeur symbolique, non par son importance économique. Car, au travers de ses référendums, de son assemblée constituante et de ses choix, l’Islande a réaffirmé un principe qu’on cherche à nous faire oublier, mais qui est un des fondements de la vie publique : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Oui, merci !


Commentaires

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lundi 23 mars 2015 à 07h19 - par  christian berthier

Il ne faut pas être surpris de cette rupture des négociations avec l’Union européenne : ce fut quand même le refus du diktat des banques anglaises et hollandaises sur la dette islandaise qui a provoqué la révolte massive des islandais au referendum de mars 2010 sur la dette islandaise !
Depuis, les majorités parlementaires Vert-PS ont eu constamment une politique de main tendue à l’UE et aux USA,
Pas étonnant que leur candidate présidentielle formatée par les USA se soit fait battre par l’ancien président "de droite" en juin 2014, réélu pour un 5eme mandat de respect du vote de 2010.
L’Islande n’est pas, hélas, le seul pays d’Europe ou les partis "verts" et "de gauche" sont les premiers séduits par un internationalisme atlantiste...laissant ainsi à une droite la manipulation des revendications nationales.
Il ne faut pas oublier, ou ...nier, qu’à l’occasion des négociations avec l’UE, les négociateurs islandais se sont vu réclamer de nouveau un remboursement des dettes islandaises visa vis des banques hollandaises et anglaises !

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lundi 16 mars 2015 à 10h11 - par  André Bellon

En réponse à Lilja

Le gouvernement islandais avait pour objectif d’adhérer en 2013, l’adhésion faisant l’objet d’un référendum en Islande2. Mais les élections législatives islandaises de 2013 remettent en cause ce calendrier rapide. Le 13 juin 2013, la candidature islandaise est ainsi gelée par le gouvernement.

Le 12 septembre 2013, le ministre des Affaires étrangères islandais Gunnar Bragi Sveinsson annonce que le Gouvernement islandais suspend pour toute la durée de la législature les négociations d’adhésion à l’UE7 et le gouvernement islandais présente le 22 février 2014 un projet de loi visant à retirer cette candidature. Le retrait de la candidature devient officiel le 12 mars 2015.

C’est donc après le changement de majorité parlementaire et après dépôt d’un projet de loi que le processus de retrait est mis en marche.

Il faut bien voir, cela étant, que c’est la Constituante qui a conduit à poser des questions qui n’étaient pas posées auparavant.

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samedi 14 mars 2015 à 15h32 - par  Huert VIALLET

Bravo à André pour ton article de bon sens sur l’Islande, et à Louis SAISI pour son très bon commentaire. Il résume superbement le problème de la démocratie avec cette phrase :

"On nous dit, tout en feignant de le regretter (surtout au sein d’une certaine "gauche") que le Marché, l’Euro, la spéculation financière, la libre concurrence sont aujourd’hui un horizon indépassable"

Tout est dit. Malheureusement la gauche radicale (dont je fait parti) se contente de l’Euro,(Maintenant qu’on l’a, il faut bien faire avec, me disait Pierre Laurent en 2013 à l’Aalter Summit d’Athènes) et ne combat pas correctement le libre échange.(le protectionnisme serait un gros mot !)

Hubert VIALLET

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samedi 14 mars 2015 à 14h41 - par  Lilja

Il n’est malheureusement pas indiqué dans ce post que le Ministre des Affaires Etranger a décidé de mettre fin a la demande d’adhesion de l’Islande sans l’agrément de l’Assemblé Nationale, qui est indispensable. Comment appelleriez vous ce procédé en France ?

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samedi 14 mars 2015 à 02h33 - par  Louis SAISI

A travers l’analyse de l’exemple du refus islandais d’entrer dans l’Union européenne, notre Président André Bellon nous rappelle très justement et fort opportunément la force du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le caractère excessif du catastrophisme annoncé contre quiconque veut se libérer de la tutelle de l’Union européenne.

Déjà membre de l’espace économique européen (EEE) permettant aux pays de l’AELE de participer au marché unique européen sans avoir à rejoindre l’Union, l’Islande vient de retirer le 12 mars 2015 sa candidature d’adhésion en vue d’intégrer l’Union européenne qu’elle avait déposée depuis 2009.

Ce petit pays - d’à peine un peu plus de 320 000 habitants et d’une superficie à peine équivalente au cinquième de celle de la France - qui tient tête à l’Europe n’est pas sans nous rappeler notre propre histoire nationale.

I/ En effet, la France a elle-même écrit la plus belle page de son histoire avec sa grande Révolution qui, en 1789 fit basculer l’ordre inégalitaire et oppresseur de l’Ancien Régime et dut affronter ensuite, entre 1792 et 1799, l’Europe des Monarchies de droit divin coalisées contre elle, à leurs yeux coupable d’avoir voulu instaurer un nouvel ordre politique qui avait déjà donné naissance à la redoutable Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui faisait vaciller le trône des monarques d’alors.

Mais que se serait-il passé si nos révolutionnaires d’alors - comme le font nos brillants énarques et savants experts d’aujourd’hui - avaient longuement analysé la conjoncture politique internationale et les "contraintes extérieures" pour se déterminer sur l’opportunité d’entreprendre leur œuvre révolutionnaire ?

Assurément, RIEN. Ils auraient reporté ça aux "calendes grecques"... Et l’Ancien Régime aurait été assuré de pouvoir continuer en toute impunité à maintenir et développer son ordre inique.

Il n’en fut rien, heureusement...

Les révolutionnaires - qui durent faire face à une première (1792-1797) puis à une seconde coalition (1798-1801) - armés de leur courage joint à la force de leurs convictions - mises au service de l’émancipation de l’Homme - triomphèrent de l’Europe des Rois. Ils cherchaient la liberté, l’égalité des hommes et la fraternité entre les hommes et ils furent victorieux.

Et, avec le temps, la modernité de leurs idées - parce qu’elles étaient justes, universelles et émancipatrices de tout le genre humain - triompha partout en Europe et dans le monde : cette modernité c’était l’invention de l’idée de démocratie née de la conception rousseauiste de la souveraineté des peuples.

II/ On nous dit, tout en feignant de le regretter (surtout au sein d’une certaine "gauche") que le Marché, l’Euro, la spéculation financière, la libre concurrence sont aujourd’hui un horizon indépassable... Et l’on ajoute que les rapports marchands régis par l’OMC et bientôt, demain, également par le Traité Transatlantique entre les USA et l’Europe sont incontournables et bien plus forts que la souveraineté des peuples... L’on veut nous faire croire enfin que la liberté des hommes et leur dignité ne peuvent plus peser très lourd face à ces institutions déifiées censées faire le bonheur des hommes en enrichissant les marchands et les spéculateurs...

Depuis la naissance du Marché Commun de 1957, puis de l’Union européenne (1993), ensuite de l’OMC (1995), enfin de la création de l’euro (1999), - qui ont généré le développement accéléré des rapports marchands sur fond de mondialisation sans entraves -, l’on est en droit de se demander si ces institutions, au service de la doxa libérale et de l’enrichissement de minorités possédantes, ont apporté le bonheur, au départ supposé garanti, pour les peuples européens et, au-delà, du monde entier ?

La crise économique et financière qui frappe plus particulièrement et durablement la zone euro - avec son cortège de chômage et de maux sociaux - montre abondamment que ça n’était qu’un leurre...

Et l’on comprend que l’Islande, aujourd’hui, n’ait pas voulu s’avancer et s’aventurer davantage dans le piège de l’Union européenne si contraignant et liberticide pour la Grèce mais aussi l’ensemble des peuples européens...

Louis SAISI

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