
COUP de GUEULE du SAMEDI 27 DÉCEMBRE 2025
Mercredi 21 janvier 2026, par
Ils nous avaient vendu une mondialisation heureuse, les conflits armés « fleurissent » partout sur la planète. ILS nous promettent une Intelligence Artificielle qui va transcender l’humanité, le quotient intellectuel, qui mesure a minima l’esprit critique, est en chute sensible. Jamais, depuis que je suis en âge de raisonner, je n’ai senti mon esprit à ce point prisonnier, dans un emprisonnement numérique, véritable nœud gordien de ma liberté de penser. Et encore, si j’étais le seul dans ce cas, mais non ! Pour les personnes avec qui j’échange, d’horizons politiques, économiques culturels ou cultuels des plus divers, à l’exception toutefois des fascinés par le « vu ou entendu à la télé », tellement hypnotisés que leur intelligence est chloroformée, ou ceux, l’esprit connecté et les doigts pianotant sur leur truc phone, sans lequel ils seraient à poil, ce sentiment d’enfermement est général. Si l’information n’est pas « faussée », 25% des Français sont sous antidépresseurs ! Certes, Emmanuel MACRON n’est pas étranger à ce mal être, mais il n’est qu’un petit rouage de cette mécanique infernale qui veut faire de l’Homo Sapiens un cyborg immergé dans un océan d’ondes, prêt à une obéissance absolue et une cervelle servile !
L’ouvrage de Matthieu AMIECH, « Peut-on s’opposer à l’informatisation de nos vies », paru en 2024 regroupe des conférences et entretiens que l’auteur a donnés entre 2014 et 2023. Il fait partie d’un collectif, « ÉCRAN TOTAL » qui notamment préconise une désobéissance civile au numérique dans le travail. Il avait vivement critiqué la détermination de l’État à déployer la 5G (avant la 6G ?) sans la moindre consultation, ce qu’il voit comme une obstination à vouloir radicaliser l’addiction d’un grand nombre de personnes au numérique. Il souligne la volonté d’Emmanuel MACRON, qui, au cours d’une péroraison habituelle, sur l’informatisation de la société avait dit : « … il faut y aller à fond », autre version du « Quoi qu’il en coûte » ?. Il cite aussi Jacques TOUBON, Défenseur des Droits, qui dans un rapport de 2019, posait le problème de l’inégalité de l’accès aux services publics (pour environ 13 millions de personnes vivant en France) depuis qu’il est dématérialisé, mais 6 ans plus tard, ce problème disparaît avec l’extinction de fait des services publics. L’auteur s’insurge aussi contre la quasi-industrialisation de la collecte de données et des discours, ce qui a enlevé aux blogs ou forums la possibilité d’entretenir une controverse constructive, alors que ces outils nous avaient été exhibés comme sources de démocratisation. S’y ajoutent l’appui de médias aux ordres de l’oligarchie (ceux que je représente par ILS ou LES) ainsi que le complotisme instrumentalisé en qualité d’« arme de neutralisation massive ». Sur un autre plan, la numérisation à outrance a totalement renversé au profit du premier l’opposition Capital/Travail, en termes de captation des ressources (Il n’y a qu’à constater quelles sont les unités monétaires en jeu : le milliard pour les UNS le centime pour les autres), mais, de plus, elle va complètement à l’encontre d’une protection de l’environnement, devenue pourtant non plus nécessaire, mais vitale. On assiste en effet, tout à la fois, à l’explosion de la production de matériels connectés (faisant appel à des métaux rares), et de celle de leur utilisation énormément consommatrice d’eau et d’énergie, car si un SMS pris individuellement en a besoin en faible quantité, il en est tout autrement quand ils sont émis par milliards ; il en est de même pour leur conservation dans les Data Centers. Ajoutons quelques citations ou phrases prononcées :
– « Pour lutter contre le portefeuille d’identité numérique, il ne faut pas proposer des alternatives, mais travailler concrètement à rendre la vie possible sans smartphone. »
– « .. le lien est trop rarement fait entre asservissement économique et usage intensif du numérique, entre régression démocratique et informatisation galopante. »
– « Démocratie numérique … l’ultime oxymore ».
Éric SADIN, philosophe avait organisé un contre sommet de l’IA à Paris en février 2025 pour contrer le sommet sur l’IA organisé par Emmanuel MACRON. Ce dernier sommet avait pour objet principal d’attirer les médias sur son auguste personne, de brasser des milliards (dont certains resteront fictifs) mais nullement de susciter des réflexions philosophiques ni d’en mesurer les conséquences « économico civilisationnelles », ni d’initier la moindre consultation. À l’annonce, en novembre 2023 », du lancement de ChatGPT, Éric SADIN affirme : « Je n’en ai pas dormi. J’ai vu la catastrophe venir …Nous commençons à être confrontés à des licenciements massifs de ‘cols blancs’ ». Il estime que nous vivons un bouleversement anthropologique majeur qu’il rapporte dans un de ses livres « Le désert de nous-mêmes »,( que j’avoue ne pas avoir lu), me limitant à une de ses conférences récentes sur France Info : « Histoire d’une dépossession ».
Le magazine ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES était plus nuancé en novembre 2025 en publiant un entretien avec Axelle ARQUIÉ (HEC et Doctorat en économie), pour qui les plus grands risques afférents à l’IA sont :
– les infrastructures (Microsoft, Amazon) et les modèles (OpenAI, Anthropic et Google Deep Mind).
– La consommation d’eau et d’électricité, qui selon l’Agence Internationale de l’Énergie deviendra insoutenable en quelques années, surtout avec les besoins énergétiques supplémentaires engendrés par la montée en puissance de l’automatisation.
– La pénurie des données pour entraîner les modèles, dont les plus grands auraient déjà consommé l’essentiel des données de qualité disponibles sur Internet … avec le risque d’avoir à faire usage de données fabriquées par l’IA elle-même !!!
Et face à ces risques Axelle ARQUIÉ préconise trois priorités :
– briser les conglomérats avant qu’ils ne deviennent monopolistiques,
– investir massivement dans la recherche sur l’alignement des IA [c’est-à-dire qu’elles doivent « obéir » à leur concepteur, notamment sur le plan éthique]
– préparer dès maintenant la redistribution des revenus liés à l’automatisation ». Il est temps d’agir car les IA actuelles sont dites étroites, car limitées à des domaines spécifiques, alors qu’une IA générale sera apte à raisonner ainsi qu’à apprendre.
Un article déjà ancien dans le Monde Diplomatique, d’Evgeny MOROZOV car paru en août 2024 sous le titre « Une autre intelligence artificielle est possible » posait la question de savoir si une IA communiste ou socialiste pouvait voir le jour. Un paragraphe qui m’est apparu essentiel était de savoir si l’IA allait améliorer les humains ou les augmenter, ce qui n’est pas qu’une subtilité de langage : « L’augmentation, c’est lorsque vous utilisez le GPS de votre téléphone portable pour vous repérer en terrain inconnu : cela vous permet d’arriver plus vite et plus facilement à destination l’amélioration consiste à se servir de la technologie pour développer de nouvelles compétences – ici, il s’agirait d’affiner son sens inné de l’orientation en recourant à des techniques avancées de mémorisation ou en apprenant à déchiffrer les signes de la nature. ». Cet exemple nous parle tout particulièrement quand lors d’un voyage en Croatie, le GPS sur notre voiture annoncé comme couvrant l’Europe occidentale s’est retrouvé muet dès la frontière franchie. Nous avions heureusement conservé la compétence de savoir lire des cartes même très partielles.
Plus préoccupant, toujours dans le Diplo, mais de novembre 2025, signé Francesca BRIA et titré : « Le coup d’État de la tech autoritaire », un article dénonçait la capture par le privé de fonctions régaliennes, il citait explicitement la société privée PALANTIR Technologies, qui avait par un contrat de 10 milliards de $ passé avec le Département américain de la Défense, obtenu le transfert de fonctions militaires cruciales. Il n’est pas inutile de citer une déclaration du fondateur de cette société Peter THIEL : « liberté et démocratie ne sont plus compatibles » . Il n’est malheureusement pas le seul à nous imposer cette vision !
J’en viens à Emmanuelle DARLES, titulaire d’un doctorat en informatique, dont le titre de son livre annonce la couleur : « IA Illusion d’Avenir » et qui a motivé mes autres lectures. J’ai apprécié son texte dont la narration technique, et très documentée, est agréablement humanisée entre chaque chapitre par le récit d’un futur (tellement réaliste) d’une mère confrontée non seulement à un monde médical pour son fils malade et à un enseignement « robotisé » pour sa fille … comme celui qu’elle donne à l’université depuis son ordinateur ! Après avoir situé l’apparition de l’IA à la fin des années 1950 (c’est ainsi que j’ai appris l’avoir utilisée à la SHELL dans les années 1970, quand on la nommait Recherche Opérationnelle, pour l’appliquer à des sujets techniques allant de l’étude d’additif de carburant à l’impact sur la santé d’opérateurs dans des unités chimiques en passant par des prévisions économiques et le choix d’implantation de stations-service) elle explique son développement par la convergence entre le raisonnement symbolique, les systèmes experts, les outils de traitement statistique de grandes masses de données et le bond technologique des ordinateurs ( et l’ordinateur quantique leur en fera faire un autre !). Elle rappelle, par ailleurs, la différence fondamentale entre IA faible (qui s’applique à un seul domaine) et l’IA forte (qui, elle, est générale et pourrait concurrencer celle de l’humain en étant capable d’apprendre de manière autonome), encore du domaine d’un futur utopique : je cite l’auteur : « …l’IA d’aujourd’hui n’est pas magique. Elle ne pense pas, elle ne comprend pas. Elle calcule, classe, prédit, avec efficacité, mais sans conscience. Croire qu’elle pourrait un jour devenir humaine, c’est peut-être moins faire confiance à la science qu’à une nouvelle mythologie numérique. ». La suite du récit s’articule sur l’impact sociétal de l’IA :
– Outil de pouvoir entre les mains d’États (USA, Chine) ou d’opérateurs privés qui gèrent le numérique et allient captation de données, puissance financière et avance technique.
– Outil de manipulation sociétale rendue en particulier possible par l’IA générative, apparue en 2017, par la fabrication de fausses images, de faux discours, avec un réalisme tel que l’on ne peut les discerner du réel. Ainsi le débat et l’opinion publique sont modelés, tout individu est un suspect. Tout est invérifiable, même en y consacrant un temps infini.
– Outil de discrimination dans les domaines sociaux sensibles tels l’emploi, la santé ou la justice. L’IA automatise certes, mais elle reproduit les biais inégalitaires des bases de données sur lesquelles elle s’est « formée ». De plus camouflée sous le secret industriel et l’opacité de son anonymat elle n’a pas à justifier ses décisions. Elle peut donc impunément décider qui peut être recruté ou soigné, qui peut plaider sa cause en face d’avatars ? À tout le moins, les témoignages ne pourront être qu’humains, formulés devant d’autres humains !
– Outil fossoyeur de l’éducation, victime d’une « promesse idéologique trompeuse » imposant, sous couvert d’un enseignement modulé et adapté, « une personnalisation réductrice et instrumentalisée » car ajoute-t-elle : « Les algorithmes ne comprennent pas les étudiants …ignorent les motivations profondes, les contextes d’apprentissage, les situations familiales, les facteurs affectifs et sociaux. ». Elle déplore en outre la déshumanisation aussi bien du rôle de l’élève que de la fonction du professeur, la fausse objectivité du contrôle algorithmique, un formatage de la pensée, au détriment du libre-arbitre et de la créativité ainsi que, de manière encore plus insidieuse, un conditionnement idéologique discret ainsi qu’une extraction massive de données comportementales, cognitives et même biométriques des élèves.
– Outil de désacralisation de l’être humain, quand d’aucuns envisagent jusqu’au transfert de la conscience humaine dans des environnements numériques ainsi que l’amélioration cognitive par des interfaces neurales. (Il me souvient qu’en 2023, dans leurs centres de recherche respectifs, Google avait annoncé avoir réalisé l’implantation de puces électroniques dans le cerveau de primates, dans l’objectif de permettre à l’humain de se connecter par la pensée à Internet. Facebook, maintenant Méta, toujours par implantation de puces, avait annoncé avoir réussi à bloquer le geste d’un singe voulant prendre une banane. Elon MUSK n’était pas resté inactif, dans une recherche dont j’ignore la finalité, avait par décision de justice dû euthanasier près de la moitié de ses singes cobayes, du fait de leur souffrance).
Je fais mien son Manifeste :« Refusons une société automatisée, défendons notre humanité ! » et la remercie pour cette initiative, que je voudrais voir s’élargir hors du seul domaine de l’IA
– Contre l’illusion d’une IA bienveillante
– Contre l’opacité algorithmique et la manipulation des citoyens
– Contre la destruction des emplois et l’exploitation technologique (et j’ajoute sans partage)
– Contre l’IA comme outil de surveillance et de contrôle social
– Contre l’illusion d’une IA sans responsabilité
– Pour une souveraineté humaine sur la technologie.
Retrouvant un de mes Coups de Gueule du 17 novembre 2020, où j’écrivais : « Macron, chantre du tout-numérique et de l’IA, c’est plus que la réalité augmentée ou la réalité virtuelle, c’est la virtualité aggravée », je pense que l’IA va profondément changer notre organisation sociale et que ce sujet dépasse de très loin la volonté des personnalités politiques ou l’appât du gain de quelques industriels. À l’instar d’Emmanuelle DARLES, une régulation réellement démocratique est plus qu’indispensable. Il est évident qu’elle s’opposera de plein fouet à une oligarchie malade de ses multiples démons dont l’eugénisme n’est pas le moindre. Au vu de la fulgurance de son évolution, il est presque déjà trop tard !
Hasard du calendrier ou rouleau compresseur de l’Histoire, Christian CHAVAGNEUX dans le n° de décembre 2025 d’Alternatives Économiques présente deux livres aux visions radicalement opposées, l’un d’Aymeric ROUCHER : « ULTRAINTELLIGENCE » s’interroge pour savoir si l’IA a des limites, l’autre de Emily BENDER et de Alex HONNO avec pour titre en anglais : « THE AI CON », ce n’est qu’un coup de marketing. Car si je crains que, sans réaction humaine, l’IA aux mains de l’oligarchie prédatrice accentuerait cet enfermement de l’Humanité et la poursuite de l’aliénation de son libre-arbitre.
Il a été écrit : « Il est certes difficile d’interpréter le passé, mais il est encore plus ardu de prévoir le futur. Seul le présent pourrait être intelligible, s’il n’était pas aussi éphémère ».