Un 2-Décembre mou

Un 2-Décembre mou

Dimanche 2 décembre 2018, par André Bellon

par André Bellon,

Ancien Président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

Nous avions publié l’article ci-dessous à l’issue des élections législatives de 2017. Les évènements récents en montrent la particulière actualité.

***

Le 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte, Président de la République, organisait un coup d’Etat contre la République qu’il était censé défendre et devenait l’empereur Napoléon III. Peu de temps auparavant, l’Assemblée avait refusé de modifier la Constitution pour lui permettre de briguer un second mandat.

Un parallèle avec la situation actuelle peut sembler pour le moins exagéré ; on remarquera cependant que plusieurs des premiers ralliés au Président Macron militent depuis des années pour la réhabilitation de Napoléon III. Ainsi Christian Estrosi qui avait été jusqu’à écrire « Je suis bonapartiste » sur la jaquette de son livre « le Roman de Napoléon III ».

Certes, Emmanuel Macron n’est pas responsable de tous les errements de quelques personnalités, errements que répercutait par exemple Bernard Accoyer, alors Président de l’Assemblée nationale (1), et dont s’accommodait alors d’ailleurs même « l’opposition socialiste ». Mais il est clair que le nouveau pouvoir qui vient de s’établir en France semble vouloir officialiser encore davantage le renforcement du pouvoir exécutif au détriment du législatif. Qu’il s’agisse des symboles comme l’idée d’un discours initial du Président devant le congrès à Versailles ou du gouvernement par ordonnances, des formes de moins en moins républicaines émergent petit à petit.

Cette dérive n’est évidemment pas le seul fait du nouveau Président. Les atteintes aux restes de la démocratie se développent depuis des années. Ce fut le coup d’Etat contre le vote émis par les français au référendum de 2005. Ce furent les atteintes sourdes, mais continues contre le pouvoir parlementaire, caractérisées en particulier par les réformes Jospin inversant le calendrier électoral et rendant, de ce fait, l’Assemblée vassale du Président.

L’idée s’est peu à peu distillée que les parlementaires n’étaient que les commis de l’Elysée. Bien pis, les députés eux-mêmes, dans leur grande majorité, ont intériorisé cette thèse, considérant qu’il fallait se contenter d’obéir au gouvernement. Même les « frondes » sont demeurées dans des limites pudiques et toutes les oppositions s’accommodent des institutions qui les massacrent.

On arrive, de ce fait, à la fin d’un cycle. Un Président représentant environ 18% des électeurs inscrits obtient une majorité sans précédent dans une assemblée élue par 38% de ces électeurs. L’époque n’est plus aux coups d’Etat violents d’antan. Le système politique permet d’officialiser en douceur le même résultat, c’est-à-dire de conférer les pleins pouvoirs à un pouvoir très minoritaire.

Au-delà de toute critique, remarquons que les institutions de la 5ème République avaient été imaginées pour bâtir un pouvoir fort permettant d’affirmer la souveraineté.

Nous voguons vers un pouvoir utilisant une force légale pour un projet faible éloigné de toute souveraineté. Quant aux députés, censés représenter la souveraineté populaire, leur crédibilité se dégrade au fil d’années de renoncements. Quelle est leur image après des années d’abdication ? Peut-on penser que le peuple va se dresser pour les défendre, se lever pour soutenir ceux qui, maintes fois, ont trahi leurs engagements au profit de politiques de régression démocratique et sociale ?

Au lendemain du coup d’état du 2 décembre 1851, des députés tentant de manifester pour la République virent des ouvriers leur crier leur mépris en hurlant « Croyez-vous que nous allons nous faire tuer pour vous conserver vos vingt-cinq francs par jour ! »

Il se trouva, cela étant, au cœur des manifestations, un député républicain de l’Ain, Alphonse Baudin, qui cria : « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs ». Dans la minute qui suivit, il fut abattu par les fusils des soldats de Napoléon III. Quel est aujourd’hui le prix de la conscience républicaine ?

(1) Lors de l’hommage rendu à Philipe Seguin, Bernard Accoyer émit un plaidoyer en faveur de Napoléon III

Ce texte est publié aussi sur Agoravox http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/un-2-decembre-mou-194679

8 Messages

  • Macron Le Petit

    Le 2 juillet 2017 à 16:13 par Edmond Harlé

    MACRON LE PETIT et non MACRON 1er

    Macron devenu président continue à exprimer son mépris pour le peuple, pour ceux qui ne seraient « rien » comme il l’avait fait pour les salariées de GAD ou le chômeur sans costume.

    Macron se prend pour l’Empereur Macron 1er.

    J’ai toujours pensé que celui qui méprise un plus faible que soi, un moins instruit que soi, un moins riche que soi, un moins grand que soi, celui-là est le plus petit de tous. Pour paraphraser le grand Victor Hugo, je pense que l’empereur Macron mérite de le de MACRON LE PETIT

  • Un 2-Décembre mou

    Le 10 juillet 2017 à 04:40 par troy1

    Quelle ville va-t-il faire dévaster par son ( baron) Haussmann, le nouveau Badinguet ?... Mais a-t-il le pognon ?... En réservant ses premiers coups aux retraités, alors que les premiers "100 jours" ne sont pas encore achevés, on peut en douter ....

  • Un 2-Décembre mou

    Le 9 juillet à 16:23 par Wikicrate

    En l’occurrence notre petit empereur n’est qu’un préfet de l’UE et de l’OTAN sous la tutelle des banques.
    C’est l’obsolescence programmée des oripeaux de la fausse démocratie.
    Vous connaissez des exemples où ces conseils sont appliqués vous ?
    Voyez comme ça marche bien !

    « Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

    L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

    Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

    En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

    L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »

    Günther Anders, "L’Obsolescence de l’homme", 1956
    Pour regénérer l’esprit de résistance sclérosé, rien de tel que de réfléchir ensemble à notre contrat social et à la façon de le traduire sur le plan juridique dans la Constitution.
    L’assemblée constituante devrait élaboré un texte déjà ébauché et donc chaque article aurait été popularisé au cours de réunions citoyennes dites "ateliers constituants".

  • Un 2-Décembre mou

    Le 9 juillet à 22:21 par troy1

    Daladier II cherche un nouveau ballon d’oxygène ....

  • Un 2-Décembre mou

    Le 10 juillet à 12:05 par Hadjadj Robert

    Des concours inatendus qui ont conduit aux pleins pouvoir sans même un coup d’État : le premier concours fut celui de l’inversion Jospinienne du calendrier électoral qui eu pour conséquences de vassaliser l’assemblée nationale au pouvoir présidentiel. La deuxième couche nous la devons au derniers jours du gouvernement Valls qui le 5 décembre 2016, d’un simple décret subordonna la Cour de Cassation, la plus haute autorité du pouvoir judiciaire, au ministre de la Justice, soit à la discrétion du pouvoir présidentiel.
    A présent les pleins pouvoir permettent d’abbattre toute opposition en confisquant aux partis politiques les fonds électoraux qui leur sont dû par des magistrats pour donner une apparence légale.

    Robert Hadjadj
    Cercle de Montpellier

  • Un 2-Décembre mou

    Le 7 décembre à 19:25 par Eric Barcos

    Vous évoquez Napoléon III mais le contexte de la première moitié du XIX° Siècle était très différent du nôtre. Vous sous-entendez que c’est par pure soif de pouvoir que le président Louis-Napoléon Bonaparte entendait mener son coup d’Etat, pour " briguer un deuxième mandat ", comme vous l’écrivez. Certes, Le président de la deuxième République d’alors briguait effectivement un second mandat. Mais pour rétablir le suffrage universel, pour tenter de mettre en œuvre son programme social, visant, entre autres, à améliorer la condition des ouvriers et de l’ensemble du peuple, tout en donnant à notre pays les moyens d’une industrie qui décollerait et permettrait à la France d’avoir un rayonnement international face à la Grande-Bretagne en particulier. Il a fait un coup d’Etat alors que ses adversaires du moment, menés entre autres par Adolphe Thiers, en préparaient un de leur côté. Vous voyez bien, dès lors, qu’il s’agissait d’une course contre la montre. Les opposants au prince-président désiraient soit une République de droite, ultra-libérale avant l’heure, soit une République " rouge ", mais demeuraient extrêmement minoritaires, soit un retour à une monarchie orléaniste, et les discussions allaient bon train pour ce dernier type de gouvernement. Que s’est-il passé ? Louis-Napoléon avait-il le choix ? S’il avait laissé les choses suivre leur cours, un coup d’Etat serait intervenu de toutes les façons, pour l’évincer du pouvoir, et, à sa place, un gouvernement ultra-réactionnaire aurait pris place. En réalisant ce coup d’Etat, Louis-Napoléon Bonaparte démontrait qu’il n’était pas ce " crétin que l’on mènerait ", selon la fameuse expression de Thiers, mais il prenait de vitesse ses concurrents. Un jour, François Mitterrand voulut écrire une biographie sur Napoléon III. Il y renonça, disant que Napoléon III " était au moins aussi socialiste que moi ". Il ne me semble pas possible ni souhaitable de recourir à des exemples tirés de l’Histoire sans les remettre dans leur contexte, sans rappeler les circonstances qui présidèrent à tel choix, ou tel autre. Bien sûr que je n’aime pas les circonstances sanglantes de ce coup d’Etat. Louis-Napoléon avait confié à Morny la responsabilité de l’organisation du cadre policier dans lequel les opérations devraient se dérouler. Mais Morny a abusé de ses prérogatives en laissant se former des barricades pour mieux les réduire par la force alors qu’il eût été possible d’agir autrement. Le résultat fut en effet d’environ 400 morts. Hélas ! Mais en juin 1848, le général Cavaignac n’avait-il pas réprimé les révoltes ouvrières en faisant donner la troupe, tirer le canon ? Résultat, plus de 3600 morts. Il fallait le rappeler. Victor Hugo, qui n’eut pas de mots assez durs pour reprocher le coup d’Etat à Napoléon, excusa pratiquement la répression de Cavaignac. Selon lui, il était des circonstances au cours desquelles l’usage de la brutalité se justifiait. Nous voyons bien que les choses ne sont pas simples. Je me permets de vous recommander la lecture du livre d’Alain Decaux, Coup d’Etat à l’Elysée, pour approfondir la réflexion. J’ajouterais enfin que si nous ne sommes pas toujours d’accord comme c’est le cas aujourd’hui, j’apprécie toujours votre approche souvent profondément humaine de la politique de notre temps. Et je souhaite, comme vous, que ce fameux mouvement des gilets jaunes puisse aboutir, en dépit de leur manque de structure, à un renouveau de nos pratiques politiques.

  • Un 2-Décembre mou

    Le 8 décembre à 14:24 par André Bellon

    Vous vous doutez bien qu’il faudrait beaucoup de temps pour une réponse détaillée.

    Si je dis donc 3 ou 4 mots, ce n’est que pour amorcer un peu plus le débat.

    1/ Vous déclarez que d’autre préparaient un coup d’état. Le problème est que le seul coup d’état qu’on puisse prouver est celui de Napoléon III. Il intervient après le refus de la chambre de remettre en cause la Constitution pour lui octroyer ce mandat. La charge avait été menée contre cette idée par Victor Hugo.

    3/ Comme tous les défenseurs du coup d’état, vous minimisez la répression. Les opposants sont emprisonnés, certains morts sur les barricades (Bodin) ou contraint à l’exil (Edgar Quinet). Ce n’étaient pas des extrémistes d’un bord quelconque. Vous passez sous silence la répression dans les provinces. Je suis moi-même ancien élu d’un département où le citoyens, souvent des paysans, prirent les armes, occupèrent la préfecture, bâtirent une armée de Bonaparte, puis furent liquidés par une autre armée et fusillés ou déportés en Algérie. Il ne s’agissait en aucune façon d’une erreur de Morny.

    3/ Vous dites qu’il voulait rétablir le suffrage universel. Il l’avait lui-même supprimé par la voix de ses amis à la chambre. Il ne l’utilisera que pour des plébiscites. Vous dites qu’il voulait des lois sociales. Il ne les tente que dans la deuxième phase de son règne avec Emile Olivier lorsqu’il devint évident que la chose devenait nécessaire.

    4/ Un débat sur sa politique étrangère ne serait pas inutile. A force de cible r contre l’empire autrichien tout en laissant les mains libres à la Prusse, faut-il s’étonner que la guerre de 70 le retrouve tout seul, sans même un appui de l’Angleterre ?

    Vous conviendrez que le débat est a minima ouvert.

    Cordialement

  • Un 2-Décembre mou

    Le 13 décembre à 08:27 par LAGIER

    (( vous minimisez la répression etc. ))
    A l"annonce du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte la Drôme département républicain s’est soulevée
    L ’émeute a été une des plus déterminées , la répression la plus rigoureuse Je sais de quoi je parle
    Un lointain ancêtre a participé à la révolte . Il a été arrêté et incarcéré dans la Tour de Crest on y retrouve son nom parmi les graffitis Il a été déporté dans un bagne à Mascara ( Algérie ) avec 220 révoltés . Ils ont cassé les cailloux sous le soleil Sur les 220 seuls 18 sont revenus
    Incroyable de lire cela ! Exit Victor Hugo et l’ Histoire d’un crime - Exit Karl Marx :Le 18 Brumaire ....
    A lire 1851 Dix mille Drômois se révoltent : l ’insurrection pour la République démocratique et sociale de Robert Serre Editions Peuple libre/ Notre Temps

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