L'électeur, voilà l'ennemi !

L’électeur, voilà l’ennemi !

Mardi 30 juin 2020, par André Bellon

Au-delà des habituelles rengaines sur la victoire de tel ou tel camp, les élections municipales de ce 28 juin sont marquées par une nouveauté : le niveau exceptionnel de l’abstention (60%). Coronavirus ? Pas seulement. La pauvreté des commentaires a trop souvent ciblé les citoyens accusés d’incivisme ou d’insouciance coupable à l’approche des vacances d’été. Le mot fut prononcé plusieurs fois.

Incivisme ? Dans le même temps où l’électeur se voyait ainsi fustigé, de nombreux analystes, souvent les mêmes, s’extasiaient devant la Convention citoyenne pour le climat, souvent qualifiée d’événement historique ou d’innovation fructueuse, alors que sa principale caractéristique est de magnifier le tirage au sort au détriment… du suffrage universel. Pris dans leur idéologie, nos nouveaux experts ne voient pas la contradiction dans leur discours.

Incivisme ? Ceux qui discréditent le suffrage universel, voire le trainent carrément dans la boue, sont-ils les mieux placés pour juger les abstentionnistes ? N’est-ce pas eux qui les fabriquent, par exemple lorsque Cyril Dion déclare « Se pose aussi le problème de l’opinion… Les politiques se réfugient toujours derrière cet argument… ils ont besoin de contenter la majorité » ou quand Natacha Polony, intéressée par ladite convention, fustige « les élus qui sont enfermés dans des préjugés et des idéologies qui leur interdisent toute action » ou qu’elle ajoute « La démocratie véritable est révolutionnaire  ». Ah oui, quelle révolution ? Jeter le doute sur les élections et le débat démocratique au prétexte que, depuis des années, nos institutions les réduisent à une aimable pantomime ?

Incivisme ? Est-ce un nouveau civisme que d’encadrer les tirés au sort de la fameuse convention climat par des « fact-checkers », des « experts » du climat, de la société civile et des acteurs politiques pour « décrire la situation, les enjeux et les obstacles à la lutte contre le changement climatique » ? Voilà une belle manière de légitimer, en le parant des habits verts de l’écologisme bon teint, l’expertocratie chère au capitalisme aristocratique. Nos super analystes médiatiques le confirment lorsqu’ils affirment, à la fois, que la Convention climat fait émerger la volonté des Français et qu’elle s’oppose au populisme du suffrage universel. Se rendent-ils d’ailleurs compte qu’en cherchant à imposer des décisions par l’intermédiaire de la Convention, ils infusent l’idée – sans le moindre début de preuve- que les citoyens seraient hostiles à l’écologie et à ce point déçus de la démocratie qu’ils seraient enthousiastes à l’idée qu’on remplace l’expression de leur volonté par un zoo humain de la démocratie ?

Incivisme ? Tout est fait pour mépriser la souveraineté populaire depuis des années : le vote Non des Français le 29 mai 2005 bafoué par les instances nationales, une élection présidentielle qui donne tout pouvoir à un Président élu par défaut, une médiatisation obsessionnelle et mensongère du débat politique.

Incivisme des citoyens ? Non, indécence de la classe dominante, d’une presse à la fois inculte et chienne de garde de la pensée officielle !

Ce qui est en cause, c’est le mépris du citoyen et de son bien collectif qui s’appelle le suffrage universel. Ce qui est en cause, ce sont des institutions dans laquelle le peuple n’est qu’un lobby parmi les autres. Ce qui est en cause, ce sont des élections qui ne permettent plus l’expression de l’intérêt général. Ce qui est en cause, c’est la nécessité de retrouver la démocratie. Celle-ci ne peut être recréée que par un vrai changement, celui des institutions par l’élection au suffrage universel d’une Constituante par un scrutin organisé au plus près des citoyens.

2 Messages

  • Complémentarité des démocraties représentatives et participatives (par tirage au sort)

    Le 1er juillet à 00:10 par Bernard GUIBERT

    Je ne suis pas d’accord, avec André en particulier, avec les critiques caricaturales de la démocratie participative formulées à l’occasion du travail de la convention citoyenne sur le climat (CCC).
    1. Il n’y a pas alternative entre démocratie représentative et démocratie participative via des assemblées tirées au sort mais complémentarité en théorie. En fait même comme la démocratie française est en état de coma avancé l’expérience du CCC est moins pire et montre ce que pourrait être une démocratie vivante et civiquement mobilisatrice
    2. Le tirage au sort met à l’abri de la corruption, des lobbys et des technocrates et permet de représenter les couches sociales et les minorités que notre système oligarchique quasi censitaire élimine.
    3. Il inverse la domination de la technocratie, des lobbys et des puissants : ce sont les citoyens qui posent les questions aux experts et non ces derniers qui dictent leurs convictions. Les jury citoyens soumettent systématiquement les réponses des experts à des expertises contradictoires.
    4. Ce qui fait l’essentiel de la démocratie est la délibération par échange d’arguments éclairés préalablement à la prise de décision par les politiques légitimes et légaux. Les expériences de conférence de consensus réussies à l’étranger montrent que ce que Habermas appelle "l’éthique de la discussion" produit une intelligence collective qui stimule le désir de démocratie comme le montrent les témoignages des membres de la CCC. L’expérience montre que les avis sont fouillés, argumentés, originaux, réalistes et néanmoins souvent radicaux à cause de la liberté des débats et la rationalité des critiques mutuelles.
    5. Le point délicat est non seulement de déterminer qui pose les questions ; le citoyen et non l’expert, mais en outre quelles sont les questions et comment sont elles formulées : le B.A BA des manipulations via les sondages d’opinion comme le savent bien les statisticiens La meilleure solution est que ce soit l’assemblée elle-même qui fasse son autoapprentissage. Dans le cas du CCC les questions étaient posées et formulées par l’exécutif.

    De nombreux travaux, notamment de Yves Sintomer, devraient être sérieusement discutés par les farouches contempteurs du tirage au sort afin qu’ils ne formulent pas des avis aussi caricaturaux et aussi peu informés

    Sans aller comme en Islande jusqu’à préconiser une Constituante tirée au sort je serais partisan de remplacer le Sénat et le CESE par une assemblée tirée au sort de 500 personnes pour cinq ans contrôlant comme aujourd’hui l’AN mais pas le gouvernement, ayant le droit d’initiative législative, de superviser une planification à la française (comme l’ancien CGP) avec des moyens d’expertise propres (sur le modèle de l’Office Parlementaire des Choix Technologiques) et ayant pour mission de proposer et d’organiser des débats participatifs en son sein après agrément de l’AN.
    J’aimerais que cette complémentarité potentielle dans nos institutions soit examinée sérieusement par l’Assemblée Constituante que nous sommes de plus en plus nombreux à appeler de nos vœux

  • L’électeur, voilà l’ennemi !

    Le 1er juillet à 11:45 par André Bellon

    De nombreuses réflexions courent actuellement au vu de la crise de la démocratie. Partir du taux particulièrement élevé de l’abstention est une bonne manière d’engager le débat. Car l’abstention est un signe politique et probablement un signe de souffrance.

    Certains parlent même d’imposer dans ce cadre le vote obligatoire. Ce n’est pas un geste d’analyse politique, mais un geste de répression.

    Depuis des décennies et particulièrement après le référendum de 2005, le refus d’écouter les électeurs s’est amplifié et la tentation de les infantiliser en leur donnant des guides ou des experts s’est développée. Le déroulement surréaliste de la dernière élection présidentielle et des législatives qui l’ont suivie symbolisent ces dérives. Il faut réaffirmer avec la plus grande force que le mépris du suffrage universel, qu’il soit direct ou indirect, a toujours fait le lit des dérives autoritaires. Voter doit être un acte de souveraineté. Il faut créer les conditions d’un exercice libre et raisonné du vote, certainement pas le discipliner.

    Nous avons créé l’Association pour une Constituante (www.pouruneconstituante.fr), il y a presque 15 ans, après le vote Non au TCE et à l’incapacité à donner à ce vote un sens hors des partis. Ce n’était pas pour proposer une Constitution clefs en mains ou un nouveau démiurge qui guiderait le peuple. C’était pour trouver le chemin permettant de recréer le citoyen libre et responsable et la souveraineté collective. L’élection de la Constituante n’est que l’objectif autour duquel peuvent émerger à nouveau ces volontés.

    Il est nécessaire, en ce sens, que les citoyens se rassemblent là où ils sont enracinés, dans les communes et les quartiers pour faire émerger leurs propositions. Et c’est le rassemblement de toutes ces aspirations qui peut recréer l’intérêt général, de façon démocratique avec la participation de tous, et non de telle ou telle convention plus ou moins artificielle et plus ou moins contrôlée.

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