Brexit : le résultat d‘une espérance trahie

dimanche 21 août 2016
par  Edmond Harle, Tribune libre

Après les élections européennes de 2014 qui avaient marqué la désespérance des citoyens de notre pays et l’inquiétude ou la révolte de nombreux européens, les gouvernants sont restés sourds à l’expression populaire. Résultat les anglais ont choisi de quitter l’Union Européenne et d‘autres peuples s’interrogent.

Edmond Harle nous donne à son tour son analyse de l’évènement

L’Europe, cette belle espérance des lendemains de la honte nazie, a été trahie par ceux qui s’étonnent aujourd’hui du vote britannique après s’être étonnés des votes extrémistes ou de l’abstention des peuples en 2014.

En 1945, l’Europe portait une double espérance pour les peuples : garantir la paix, et offrir la liberté, la justice et l’égalité des droits par un progrès social source d’un développement économique harmonieux. Pendant 30 ans cette utopie est devenue réalité.

Progressivement, depuis 1980, avec l’arrivée au pouvoir de Thatcher au Royaume Uni et de Reagan aux USA, l’Europe a renoncé au progrès social. Ce néo-libéralisme a opposé progrès social et développement économique, organisant la régression sociale et plongeant le monde occidental dans une crise économique, sociale et morale dont il n’est jamais vraiment sorti.

Avec le ralliement de l’Allemagne de Schroeder et de Merkel puis de la France de Sarkozy et de Hollande à cette thèse suicidaire, déjà intégrée par la Commission Européenne, l’Union Européenne est devenue un vecteur essentiel de cette financiarisation de l’économie et de la société au détriment des peuples. Elle a imposé la régression sociale aux peuples victimes des turpitudes d’un libéralisme financier destructeur et mortifère. Elle a récolté le fruit de son action : l’indifférence ou le rejet des peuples. Et ce n’est encore qu’un avertissement. Le nationalisme et la xénophobie se développent dans tous les pays de l’Union. Beaucoup d’observations conduisent à penser que l’on est en situation préfasciste ou prérévolutionnaire, les peuples hésitant entre la violence des groupes sociaux ou la violence de l’Etat totalitaire comme seule espérance.

Comment demander aux peuples d’adhérer à une Union qui ne leur propose que la régression sociale, le chômage et pour beaucoup la misère ? Comment adhérer à un projet dont le cœur est l’organisation d’une société dans laquelle chacun sait, sauf les 3% les plus riches, que leurs enfants et leurs petits enfants vivront moins bien qu’eux ? Les mécontents et victimes d’aujourd’hui peuvent rapidement basculer de la résignation à la colère.

La régression sociale est socialement, politiquement, moralement et culturellement suicidaire pour l’Europe, elle l’est aussi pour son économie. Toute la politique néolibérale, basée sur une idéologie gestionnaire ringarde mais masquée, se fonde sur une erreur d’analyse : ce n’est pas le progrès social qui est source de la crise économique, il a permis pendant 30 ans une croissance de l’économie européenne et du bien vivre des peuples sans précédent. L’histoire montre que c’est la renonciation au progrès social qui est cause de cette crise économique et du chômage. L’Union européenne, en tentant de soigner le mal par le mal, enfonce l’Europe dans la crise.
En se soumettant à cette politique qu’il avait pourtant dénoncée, le président Hollande a semé la désillusion, la colère ou la désespérance en France et en Europe. Faute d’une vraie alternative politique et sociale dans l’Union, les européens se replient sur leur intérêt personnel ou national et un passé mystifié.

Aujourd’hui l’Europe est à la croisée des chemins : soit elle redevient le phare mondial du progrès social, de la liberté et de la justice et elle redevient grande pour le monde et attractive pour ses peuples, soit elle continue dans la voie actuelle, elle décline et l’avenir sera dramatique.

Renouer avec le progrès social est certes une utopie dans le monde d’aujourd’hui, mais c’est le seul combat qui vaille et qui peut redresser l’Europe, garantir la paix et la liberté. Dans les pires heures de l’occupation allemande, ensemble dans le Conseil National de la Résistance, sociaux chrétiens de la CFTC, néo- marxiste de la CGT et républicains de tous bords n’ont pas dit, comme nos politiques aujourd’hui : « La situation est mauvaise, il faut faire pire ». Ils on rêvé d’un monde plus juste, plus fraternel, dans lequel, selon l’expression du représentant CFTC au Conseil National de la Résistance, Gaston Tessier, l’objectif était que « chacun ait sa place au soleil revenu ! ». Ils le rêvèrent et ils le firent quand vint l’heure de la Libération avec notamment la Sécurité Sociale. Dans le même temps, anglo-saxons, allemands et européens du Nord firent de même.

Aujourd’hui aucun gouvernement ne porte cette espérance du progrès social avec tous ceux qui ne se résignent pas à une société financière déshumanisée et source de misère, de chômage et de désespoir social. Le progrès social est pourtant une invention des européens. L’expression même a été inventée par Félicité Lamennais quand le monde se divisaient entre ceux qui prônaient de conserver la société tel qu’elle était avec ses injustices sociales et la misère des peuples et ceux qui prônaient la révolution comme seule alternative. Il appartient aux européens de redonner sens, actualité et réalité à cette belle utopie.

Nos parents et grands-parents l’ont réussi car ils ont eu la foi dans cette utopie et le courage de la porter. Garantir aux citoyens que même si leur vie est difficile aujourd’hui, elle sera meilleure demain et que leurs enfants vivront mieux qu’eux est le seul objectif susceptible de remobiliser les peuples européens pour construire ensemble un avenir meilleur. C’est le fondement du contrat social et de la démocratie qui a été remis en cause dans toute l’Union Européenne. Qui aujourd’hui aura la foi, le courage, la clairvoyance et la volonté de porter à nouveau ce message, d’offrir aux jeunes d’Europe cette utopie pour la construire ensemble ?

C’est la mission prioritaire de l’Europe d’aujourd’hui.

La France, l’Europe et le monde ont besoin que l’Union européenne ravive le flambeau du progrès social allumé dans les ténèbres de l’occupation nazie et réalisé dans toute l’Union européenne après la guerre.

L’Europe sera grande si elle est de nouveau un flambeau de l’espérance sociale pour le monde. A défaut elle perd son âme, se désagrège et disparaîtra pour le plus grand mal des peuples. C’est ce qui va se produire si les gouvernants restent sourds au vrai message du brexit comme ils l’ont été au message des élections précédentes.

Edmond Harlé


Commentaires

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mercredi 24 août 2016 à 21h52 - par  aux origines de la servitude européenne

« En 1945, l’Europe portait une double espérance pour les peuples : garantir la paix, et offrir la liberté, la justice et l’égalité des droits par un progrès social source d’un développement économique harmonieux. Pendant 30 ans cette utopie est devenue réalité.

Progressivement, depuis 1980 , avec l’arrivée au pouvoir de Thatcher au Royaume Uni et de Reagan aux USA, l’Europe a renoncé au progrès social. Ce néo-libéralisme a opposé progrès social et développement économique, organisant la régression sociale et plongeant le monde occidental dans une crise économique, sociale et morale dont il n’est jamais vraiment sorti. »

Progressivement....  ? Il faudrait que l’Union européenne retrouve son « esprit originel » ? Mais Mendès France, dans son discours contre le traité de Rome le 18 janvier 1957 ne contredit-il pas votre argumentation ?
Pour qui travaillait Robert Schuman en 1950 ?

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